Sociaux Démocrates de la Goutte d’Or

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Irlande du Nord, les vieux fantômes

mars 16th, 2009

Pendant trente ans, la politique nord-irlandaise fut dominée par la l’action de groupes armés républicains et unionistes. Les premiers se fixaient comme objectifs le départ des troupes britanniques et la réunification de l’île, les seconds le maintien d’un état protestant pour les protestants au sein du Royaume Uni. Ils et résistaient de toutes leurs forces à toute négociation qui trahirait leurs objectifs fondamentaux.

bloodysunday.jpg Aujourd’hui, ceux qui ont le plus résisté aux accords du Vendredi Saint sont chargés de les mettre en application. Ces accords maintiennent l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni, démantèlent les prérogatives protestantes, donnent aux catholiques un droit de veto en instituant un partage des pouvoirs. Chaque jour qui passe, chaque réforme qui se met en place, chaque loi ou pratique discriminatoire qui s’effondre, atteste que les objectifs fixés par les extrémistes des deux camps n‘ont pas été atteints. Et pourtant ils se retrouvent au pouvoir pour mettre en musique leur déroute. Comment expliquer ce paradoxe?

C’est que la terreur politique a toujours des conséquences. Elle installe un climat de peur, de méfiance, de séparation entre les communautés, car la première préoccupation est la sécurité des siens. Quand la peur s’installe, les populations votent pour les extrêmes qui donnent le sentiment d’être les meilleurs défenseurs de leur communauté identitaire. Parler d’intérêt général, de principes universels, est une faiblesse proche de la trahison. Les électeurs ont donc tranché, deux fois. Une première fois pour donner légitimité aux accords du Vendredi Saint, une seconde fois pour donner la majorité à ceux qui les ont le plus farouchement combattus.

Le résultat est une société schizophrénique où ceux qui ont le plus résisté aux réformes et aux changements démocratiques, par les armes, par les bombes, par les atrocités commises, sont célébrés dans chaque camp comme des héros. On applaudit la terreur, le soir dans les meetings, dans les chansons, dans les films, avec des mains qui paraphent dans la journée la défaite de la terreur.

Dans ce climat, des patriotes, s’estimant encore une fois trahis par des politiciens, comme ils avaient été trahis par Michael Collins, puis par De Valera, peuvent se convaincre qu’il faut à nouveau déterrer les fusils. Pour combattre la terreur, il faut revisiter son histoire récente. Aujourd’hui, Gerry Adams, du Sinn Féin, condamne les assassinats de soldats britanniques. « Sinn Féin a la responsabilité d’être cohérent. Nous soutenons donc la police dans la recherche des responsables de cette attaque ». Dans les années 1970, un catholique de Belfast risquait une balle dans la tête pour ce genre de déclaration.

Universitaire, Paris 6, Saint-Denis, auteur de Renoncer à la terreur, éditions du Rocher.

Maurice Goldring

Tags: Monde

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