Dans une société apaisée, un jeune qui lance un pavé dans la vitrine d’un magasin est puni et privé de télévision. Dans une société inquiète, le même jeune qui lance le même pavé dans la même vitrine se retrouve au journal de vingt heures et tout le monde explique son geste par le chômage, le travail précaire, le désespoir, le déclassement. Des politologues expliquent gravement que nous sommes sur une poudrière. Les syndicats et les partis ne savent que préserver les privilèges disent-ils. C’est pourquoi certains jeunes sont tentés par l’action directe, parce qu’en s’exprimant avec violence on devient visible.
La violence urbaine devient politique quand elle se place au centre des informations, des discussions et des discours des responsables. C’est même là son résultat principal: déplacer toutes les autres questions au profit d’une seule: comment arrêter ce déchaînement?
Le même jeune entend Laurent Fabius un monsieur très responsable et très haut placé dans la hiérarchie du parti socialiste, dire qu’il y a une telle désespérance sociale et une telle dépression économique qu’il suffit d’une allumette pour que tout saute. Il entend un autre responsable haut placé, Julien Dray, dire que toutes les conditions sont réunies pour des confrontations sociales violentes. Il entend Jack Lang dire que les écoles seront le Vietnam du ministère de l‘éducation. Sans effort, sans études, sans être passé par les Grandes Écoles, le jeune casseur est devenu un personnage important qui passe au journal.
La gauche réformiste vise à assurer la paix sociale, à retrouver une société apaisée, par le dialogue, le compromis, les négociations. Elle doit donc soutenir tous les mouvements sociaux et politiques qui travaillent à réduire les inégalités et les injustices par des moyens légaux et démocratiques. À l’Elysée, on est inquiet. Les services d’information révèlent que les salariés sont nerveux, qu’il y a des tensions sur le front du travail. On confond tout. Les formes de solidarité avec les sans papiers ou les sans domicile deviennent des actes de délinquance. La droite arrogante criminalise toutes les formes de luttes sociales. La gauche ne doit pas répondre en politisant toutes les formes de délinquance, en annonçant l’avènement d’émeutes comme une menace. Nous savons qu’une gauche qui légitime de manière ouverte ou diffuse les pavés dans les vitrines restera très minoritaire dans le pays. La gauche réformiste condamne sans ambiguïté la violence dite radicale, parce qu’elle peut créer une société plus dure, plus violence encore alors qu’une société apaisée a besoin de règles, de lois, de juges et de policiers.
Elle doit donc affirmer clairement, sans hésitation, sans ambiguïté, qu’elle ne voit aucun rapport entre la lutte contre les injustices et le jet d’un cocktail Molotov sur un policier.
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